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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 11:59
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L’hôpital psychiatrique, le mot le dit,  c’est d’abord un lieu d’accueil, d’hospitalité ou de refuge pour celui qui est sans toit, ni moi. Bien sûr, ce n’est pas un nid douillet, l’aimable abri de toutes sortes de folies douces et de fantaisies de comportements. Ca ressemble davantage à une boîte à Pandore.

 

 Il y a quelque chose de viscéral, quelque chose tord les entrailles et fait si mal au bide. Car l’hôpital accueille la souffrance, pathos, qu’édulcore, neutralise ou objective le jargon psy qui en fait  un  objet de logique. Contre toute logique pourtant, les gens vont mal, les gens sont mal, c’est bien pour ça qu’on le reçoit ; parce que ça crise, parce ça délire, parce que l’esprit éclate, se dilue, de pétrifie ou se consume, parce que vivre n’est plus un acte communautaire, mais un retrait ou une sortie du monde et du sens communs ; parce que ça violente la relation, ça l’étripe même parfois.

 

Notre société de gens normaux, de non-patients s’efforce alors d’offrir contenance et asile à ces insanités, maladies ou handicaps mentaux. Mais le monde ne sépare pas vraiment les bien-portants des mal-pensants. Le risque est presque inverse, celui d’opposer les bien-pensants aux mal-portants et  de faire écran des murs des pavillons pour distinguer les fondus dans la norme et les fondus hors des normes.

 

Ici,  toutes les caboches sont cabossées et l’on essaie de faire peau lisse des vies parcheminées où s’est écrivent en lettres de sang des maux de l’âme, des têtes pleines à craquer ou des noirceurs  abyssales. Et cette médecine étrange qui est la notre porte le nom d’un miroir et n’a pas vraiment d’organe, oscillant entre l’âme des poètes et les réseaux cérébraux.

 

Où est alors la grâce dans ce cloaque humain dont on s’évertue à lui donner un nord ? Elle est dans le regard qu’on ose  porter, celui qui scrute et qui observe en l’autre, comme on guette l’horizon un peu avant l’aube, à l’affût de tout ce qui fera lumière.  L’œil est ainsi l’oreille qu’on prête à celui qui ne dit mot, touchant pour ainsi dire du doigt le corps et ses langages. On est toujours surpris des dialogues de silence où la logique s’efface pour être seulement présence.

 

Il suffit parfois de n’être que banal, avec les mots tout ordinaires des trottoirs ou des zinc, pour inscrire en société celui qui s’en sentait déchu. Ca commence presque toujours par un « bonjour », un « merci », un « à bientôt ». La pluie et le beau temps, le sommeil de la nuit et le programme du jour sont souvent au menu de ces rencontres furtives où chacun est reconnu comme citoyen du quotidien.

 

Mais c’est surtout toutes les chansons de geste, où s’exprime et s’imprime, dans la glaise ou la chair, les couleurs ou les mots et même l’odeur du pain d’abord pétris par des mains malhabiles, que souffle l’étonnement d’être si semblablement humain, faits autant de plein que de déliés. C’est un même tic-tac qui cogne dans nos poitrines et égraine notre temps. Si je suis autre à l’autre, c’est un effet d’optique, quand je suis l’autre de l’autre, c’est un acte de foi.

 

C’est tout ce que j’ai appris, et c’est bien l’essentiel.

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Published by tydé - dans Noosphère
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  • : A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
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