A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
C’est souvent insouciantes, téméraires et riantes
que les pousses graciles dans un mouvement agile
s’élancent vers l’azur le conquérir, c’est sûr.
L’arabesque du temps, passant et tournoyant,
tantôt plie, tantôt tord la forme que prend leur corps,
modifiant parfois même ce que le vivre amène.
La force de grandir n’est jamais sans soupirs,
quelques fois jusqu ‘au sang, jusqu’au profond tourment,
compromettant l’envie et torturant l’esprit.
Il faut des jardiniers tout plein d’humanité,
des jardiniers du cœur, émondeurs de douleurs,
pour que le plant relève et retrouve sa sève.
Ces paysans de l’âme ont un regard de femme
quand ils veillent à propos à écouter les maux
qui entaillent les chairs des surgeons délétères.
Les gestes de leurs mains et leurs chants aussi bien,
malgré l’iniquité et la fatalité,
recueillent les plants meurtris pour un peu mieux de vie.