A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
Encarapaçonné d’une armure de tôle,
J’allais la lande bretonne avant soleil couchant.
Il semblait à l’azur, à la tiédeur extrême,
Que le jour était bon, généreux, insouciant.
Tous mes chevaux vapeurs trottaient d’un pas alerte
Sur le long ruban noir qui barrait les vallons.
En têtes, des chants d’oiseaux, les saveurs de la vague
Berçaient mon équipage tout repu de soleil.
Et la femme tout en noir, jaillissant de l’ornière,
Le regard détourné, le pas lent et distrait,
A glissé sur la voie son corps de vieillissante
Tel un vieux piège à loup à la mâchoire cruelle.
A peine le temps d’un cri, la peur ou la colère,
L’impuissance fatale et le geste d’instinct
Imposent à l’attelage un arrêt bien brutal
Au pied de cette dame revêtue de son deuil.
Et le soleil d’été se brise en mille éclats,
Il met sa robe du soir de velours rouge épais.
L’ankou dans sa charrette ne s’est pas arrêté,
Mais nos cœurs coulent à flot d’un ruban noir d’été.
Tydé