A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
Je n’me prends pas pour un poète,
Je n’suis même pas vraiment esthète
Et ma culture est bien pauvrette :
Y’a la télé et internet.
J’ai mon Rimbaud qui’est périmé,
J’ai tout Baudelaire qui finit mal,
J’ai Aragon qui’est au goulag
Et même Prévert hors inventaire.
Dans ma palette, y’a qu’ trois couleurs,
Du rouge, du jaune et puis du bleu,
Même pas d’quoi faire un arc-en-ciel,
Juste faire des tâches et d’l’impression.
Ma terre à moi est comme une bulle,
Une jolie bulle, bulle de savon,
Qui’éclate sitôt quelle touche du dur,
Et fait d’la pluie tout en tombant.
J’sais pas quoi faire du cœur qui bat,
J’sais pas m’servir de ma paire d’ailes,
J’reste cloué là à êt’e mortel,
C’est triste la vie quand elle est triste.
Peut’ête bien qu’ma plume est déplumée,
Peu tête bien qu’mon encre est asséchée
Et même mes mots veulent plus rien dire,
même à mi-mots, même dit des yeux.
C’en est fini, poète mots dits,
C’est à l’est cri que’je perds ma voie,
J’ai trop de maux, les vers cassés,
Tan pis, j’me tais, dans un murmure.