A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
L’enfant qu’on bouffe tout cru
à la table du monde
aurait sûrement voulu
autre chose de cette ronde
qu’insouciance et folie
pour faire naître demain
et faire pousser la vie
le long de son chemin.
Il pleut sur son visage
un eau rendue acide
tous ses beaux paysages
ne sont que sables arides
et le ciel sur sa tête
devient comme un haillon,
pour que son cri s’arrête.,
il faut plus qu’un bâillon.
C’est son sol, sa maison
qu’on ripaille gaiement,
c’est sa vie qu’on répand
à tout vent sans raison,
consumant à l’envie
dans tous nos réacteurs
tous les arbres et leurs fruits
comme un feu avorteur.
On farfouille la vie,
on passe à travers tout,
et bientôt on choisit
ses grands yeux de grand fou ,
son cœur ou son cerveau
sortiront d’une glacière,
tandis que par troupeaux,
on lui fera des frères.
Et il ne reste aux pères
qu’à mourir à la guerre,
larme à l’œil, l’arme au poing
pour un quelconque pantin,
ou pour sauver l’usine
d’un labeur qui s ‘efface
loin de l’efficace
que Mozard assassine.
A peine la femme est-elle
un homme comme les autres
qu’on voudrait qu’elle se vautre
au milieu des gamelles
en madone des cuisines
et en mère exemplaire,
mieux qu’aucune libertine
put l’homme satisfaire.
Peut-être brûlerons nous
d’aller trop comme Icare
au feu des secrets fous
qui nous saoulent, nous effarent.
Aller au cœur des choses,
c’est d’abord les aimer,
les ouvrir, si on l’ose,
n’est pas pulvériser.
La Terre, comme l’enfant,
ne voudrait pas mourir
au banquet insolent
où tout pourrait périr.
L’enfant, comme la Terre,
croit en nous et espère
que son destin
n’a pas de fin.