A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
Mes poches sont vidées,
vidées depuis longtemps,
il n’y reste pus rien,
pas même un souvenir.
Le pavé sous mon pas,
la nuit autour de moi,
quelques airs dans ma tête,
voilà tout mon bagage.
Ma peau paraît trouée,
trouée per la misère,
tout s’échappe de mes mains,
demain aussi s’envole.
Je deviens un paria
quand je n’ai plus le sou,
condamné au silence,
à la peur, à la honte.
Je ne résiste plus,
mon corps devient fragile,
comme une feuille séchée
que le vent met en miettes.
Je n’ai qu’à espérer
ne plus rien espérer,
ni salut, ni destin,
bien invisiblement.
Je dois être mon sort,
et mon sort seulement,
en ne prenant mon souffle
qu’une fois à la fois.