A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
Le profond désarroi
d'un beau prince danois
tenant le regard vide
d’un crâne nu impavide
empare parfois mon corps
à l’idée de la mort.
L’implacable tranchant,
en passant dans ma chair,
mêlera peur et sang
dans l’esprit qui se perd
et hurle un dernier souffle
avant que tout s’engouffre.
J’ai peur de son enfer,
des démons qui déterrent
la mémoire acérée
des serments parjurés,
le reproche sans fin
de mes jours mesquins.
Je voudrais le bonheur,
l’insouciance du dormeur,
du dormeur sans image
pour traverser les âges
d’un temps inéternel,
oublieux, incruel.
Ou je voudrais la paix
d’un beau ciel azuré
et la douceur d’un Dieu
accroché à ses lieux
comme une boule de chaleur,
de lumière et de cœur.
Mais reste l’irrésolu
de ce monde absolu
où s’en vont sans retour
les hommes après leurs jours ;
et reste le désarroi
du beau prince danois.