A quoi servent les mots sinon à être dits pour opposer aux maux un peu de notre vie ?
Ces enfants qui dérangent
sont des maîtres bien étranges
qui poussent à la limite
l’esprit qui périclite.
Une logique sans nom
leur tient lieu de raison,
faite autant de terreur
que d’un pouvoir railleur.
Ils vont à corps perdus,
plein de malentendus,
se battre jusqu’au bout
des forces qui les jouent.
Malgré la cruauté
de leurs rages agitées,
ils sont d’abord victimes
d’un chaos de l’intime.
D’un bonheur en poussière,
ils cherchent la lumière
en agrippant les grains
qui passent par leurs mains.
C’est presque de la haine
que souffle leur haleine,
cet amour renversé
qui devient insensé.
Mais la rage de vivre,
qui parfois les enivre,
leur arrache des cris,
ceux de leur chair meurtrie.
Ils choisissent la vie,
comme on fait un pari,
comme on joue quitte ou double,
comme une insulte au trouble.
Leur folie est de croire,
malgré le désespoir,
qu’ils sauveront leurs âmes
d’un tourbillon infâme.
L’incroyable courage
du combat qu’ils engagent
pour accrocher la paix
est bien leur seule épée.
Leur horde conquérante
est bien moins délirante
si l’on saisit l’envie
qu’ils ont d’être en vie.
Ils disent à leur façon
qu’être n’est pas un don,
mais plutôt une lutte
qui parfois nous rebute.
Ainsi, ils sont humains,
tous les doigts de leurs mains
agrippés à ce mur
qui leur est si peu sûr.
Ainsi, ce sont nos frères,
ces bannis de la terre,
qui cherchent dans notre asile
leur image si fragile.
Dans toutes nos réflexions
et nos interjections,
verront-ils, irisé,
un miroir débrisé.
Tydé